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ΥΒΡΙΣ ΑΤΗ ΝΕΜΕΣΙΣ
Vestiges tamponnés
Nous sommes capables d’identifier n’importe quel objet du premier coup d’œil. Peu importe l’orientation de ce que l’on voit, il est rare que nous n’y posions pas un mot après quelques centièmes de seconde. À croire que la vision d’une partie comprend la vision du tout : à la vue du sabot d’un cheval, notre esprit a déjà l’image de l’équidé le surplombant. Une sorte de mise en abyme conceptuelle permanente semble habiter notre perception du monde. Comme si l’architecture de cette perception était conçue comme une fractale n’ayant de cesse de se remodeler. Chaque fragment du réel pourrait être le miroir de sa totalité.
Une idée correspond en partie à ces réflexions : la monade. Ce concept, cher au philosophe Gottfried Wilhelm Leibniz, est le point de départ de cette série d’œuvres créées grâce à de petits tampons gravés dans du linoléum.
Toutefois, une fois le travail de l’œil accompli, l’esprit ne cesse de projeter sur le visible une seconde lecture saturée de concepts et d’associations.
L’idée de « voiture », forgée au cours de notre existence, ira immédiatement se coller à la carrosserie d’une Peugeot 504 lorsqu’on l’aperçoit dans la rue. Les années 70 suivront peut-être, ainsi que le rapport Meadows, pour les plus nostalgiques d’entre nous. Ce rapport, rédigé en 1972 par le Club de Rome, alertait déjà sur les conséquences de l’activité humaine des sociétés industrialisées.
La production d’objets et les activités agricoles y sont décrites comme les sources d’un dérèglement climatique à venir. Une nécessaire transition vers un autre modèle de société y est préconisée.
Pourtant, plus de cinquante ans plus tard, rien n’a été fait, ou si peu. Le monde est recouvert par les vestiges de ce qu’a produit ce modèle autophage.
Tous les objets manufacturés et les résidus de leur fabrication font désormais partie de nos environnements.
Ils sont allés jusqu’à contaminer nos corps et notre rapport conscient au monde.
English version belowUne idée correspond en partie à ces réflexions : la monade. Ce concept, cher au philosophe Gottfried Wilhelm Leibniz, est le point de départ de cette série d’œuvres créées grâce à de petits tampons gravés dans du linoléum.
Toutefois, une fois le travail de l’œil accompli, l’esprit ne cesse de projeter sur le visible une seconde lecture saturée de concepts et d’associations.
L’idée de « voiture », forgée au cours de notre existence, ira immédiatement se coller à la carrosserie d’une Peugeot 504 lorsqu’on l’aperçoit dans la rue. Les années 70 suivront peut-être, ainsi que le rapport Meadows, pour les plus nostalgiques d’entre nous. Ce rapport, rédigé en 1972 par le Club de Rome, alertait déjà sur les conséquences de l’activité humaine des sociétés industrialisées.
La production d’objets et les activités agricoles y sont décrites comme les sources d’un dérèglement climatique à venir. Une nécessaire transition vers un autre modèle de société y est préconisée.
Pourtant, plus de cinquante ans plus tard, rien n’a été fait, ou si peu. Le monde est recouvert par les vestiges de ce qu’a produit ce modèle autophage.
Tous les objets manufacturés et les résidus de leur fabrication font désormais partie de nos environnements.
Ils sont allés jusqu’à contaminer nos corps et notre rapport conscient au monde.
Stamped Vestiges
We are capable of identifying any object at first glance. Regardless of the orientation of what we see, it is rare that we do not attach a word to it within a few hundredths of a second. It is almost as though seeing a part entails seeing the whole: when we catch sight of a horse’s hoof, our mind has already conjured up the image of the animal towering above it. A kind of permanent conceptual mise en abyme seems to inhabit our perception of the world. As though the architecture of this perception were designed like a fractal, endlessly reshaping itself. Each fragment of reality could be a mirror of its totality.
One idea partly corresponds to these reflections: the monad. This concept, dear to the philosopher Gottfried Wilhelm Leibniz, is the starting point for this series of works created using small stamps carved into linoleum.
However, once the eye has completed its task, the mind never ceases to project onto the visible world a second reading, saturated with concepts and associations.
The idea of a “car,” forged over the course of our lives, will immediately attach itself to the bodywork of a Peugeot 504 when we catch sight of one in the street. The 1970s may follow, as may the Meadows Report, for those of us with a nostalgic bent. This report, drawn up in 1972 by the Club of Rome, was already warning of the consequences of human activity in industrialized societies.
The production of objects and agricultural activities are described there as sources of an impending climate disruption. The need to transition towards another model of society is advocated.
Yet, more than fifty years later, nothing has been done, or so little. The world is covered with the vestiges of what this self-consuming model has produced.
All manufactured objects and the residues of their production have now become part of our environments.
They have gone so far as to contaminate our bodies and our conscious relationship with the world.
One idea partly corresponds to these reflections: the monad. This concept, dear to the philosopher Gottfried Wilhelm Leibniz, is the starting point for this series of works created using small stamps carved into linoleum.
However, once the eye has completed its task, the mind never ceases to project onto the visible world a second reading, saturated with concepts and associations.
The idea of a “car,” forged over the course of our lives, will immediately attach itself to the bodywork of a Peugeot 504 when we catch sight of one in the street. The 1970s may follow, as may the Meadows Report, for those of us with a nostalgic bent. This report, drawn up in 1972 by the Club of Rome, was already warning of the consequences of human activity in industrialized societies.
The production of objects and agricultural activities are described there as sources of an impending climate disruption. The need to transition towards another model of society is advocated.
Yet, more than fifty years later, nothing has been done, or so little. The world is covered with the vestiges of what this self-consuming model has produced.
All manufactured objects and the residues of their production have now become part of our environments.
They have gone so far as to contaminate our bodies and our conscious relationship with the world.


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